Le 28 novembre dernier avait lieu aux Escoumins la soirée du 40e anniversaire du Groupement Agro-Forestier Côte-Nord, où employés, membres et partenaires étaient invités. L’occasion était belle pour revenir sur l’histoire du groupement, qui connaît ces dernières années une croissance accélérée.
Chapeautée par l’Office des producteurs de bois de la région de Québec, la création du groupement s’est faite le 7 octobre 1985. MARC POISSONNET, employé de l’Office, avait alors été mandaté pour le mettre sur pied. Ses services ont ainsi été loués au groupement pendant quelques mois, et quand ce dernier a pris son envol, qu’il est devenu plus autonome, M. Poissonnet est devenu employé du groupement, où il est demeuré pendant 35 ans comme directeur général. À ses débuts, le territoire du GAF Côte-Nord s’étendait entre les municipalités de Sacré-Cœur et de Baie-Comeau sur une bande variant entre 5 et 15 km de largeur le long du Fleuve Saint-Laurent, donc ne couvrait que la Haute-Côte-Nord. Il couvre maintenant la Côte-Nord au complet.
Le budget d’aménagement de la première année d’opération du GAF était de 53 000 $ alors que l’an dernier, il a connu une année record avec un budget de plus d’un million de dollars en investissements sylvicoles! De 18 membres actionnaires pour débuter, il en compte présentement plus de 150 qui doivent avoir un plan d’aménagement valide pour demeurer membres.

Sur la photo ci-contre : plusieurs partenaires ont tenu à être présents lors de la soirée soulignant le 40e anniversaire du groupement. De gauche à droite, on peut voir Michel Savard et Nancy Ouellet, du CFP Estuaire, Caroline Houde, du SPFRQ, Jacynthe Bérubé, Vincent Garneau et Rénald Bernier, de GFQ, André Desrosiers, maire des Escoumins, Samuel Jalbert et Jean-Marie Bélisle, du GAF Côte-Nord, Rose-Aimée Auclair, organisatrice de l’événement, Patrick Pineault, de l’OIFQ, Marc Poissonnet, directeur du GAF Côte-Nord pendant 35 ans, de même que Marc Gilbert, de Boisaco.
Beaucoup de récolte a été faite par le Groupement entre les années 2000 et 2008, jusqu’à la crise forestière de 2008-2009. Les propriétaires s’entendaient alors directement avec un entrepreneur qui faisait la coupe et faisaient ensuite affaire avec le Groupement pour reboiser. Cette façon de faire ne donnait aucune prévisibilité. « Une année, quelqu’un pouvait décider de tout faire couper, et une autre année, de tout reboiser. La coupe, c’est la locomotive, c’est ce qui génère des terrains pour faire de l’aménagement, de la remise en production ». Depuis, le chiffre d’affaires a augmenté : « à mon arrivée, il était autour de 700 000 $, et cette année, on va sûrement dépasser les deux millions. On a une belle croissance ces dernières années et on veut continuer sur cette lancée-là. », mentionne SAMUEL JALBERT, directeur général.
Linda Létourneau, adjointe administrative, est en poste depuis près de 40 ans, et Gilbert Deroy, technicien forestier, depuis près de 20 ans; c’est donc dire que le Groupement peut compter sur des employés solides et fidèles. M. Jalbert est directeur général depuis le printemps 2023, le troisième en poste depuis la création du GAF Côte-Nord.
LES BONS COUPS
Ces dernières années, un membre important a adhéré au Groupement, faisant doubler sa superficie sous aménagement avec la Seigneurie de Mille-Vaches, qui couvre plus de 24 000 hectares. Il s’agit d’une belle amélioration qui change la dynamique et donne une prévisibilité et une marge de manœuvre dans les opérations.
En 2025, le groupement a acheté plus de 300 hectares de forêt, pour un total de près de 2 000 hectares, qui constituent une réserve de travaux. Comme les enveloppes budgétaires d’aménagement forestier, le marché, la main d’œuvre et le prix des équipements fluctuent, ces lots forestiers servent de réserve pour saisir des opportunités et éviter d’en perdre. Autre bon coup, le GAF Côte-Nord a récemment signé une entente d’approvisionnement avec Domtar pour 15 000 m3 par année pendant trois ans pour le résineux. Cela permet notamment d’assurer une mise en marché avantageuse pour les membres et une bien meilleure prévisibilité pour les opérations de l’entreprise.
UN VASTE TERRITOIRE
Selon la Fédération des producteurs forestiers du Québec, la région de la Côte-Nord est celle où la superficie forestière moyenne par propriétaire (ha/propriétaire) est la plus grande. « C’est grâce à la grande forêt privée. Aménagement forestier Portneuf, qui est la même entreprise qui nous a confié l’aménagement de la Seigneurie de Mille-Vaches, c’est 24 000 ha, mais ils sont aussi propriétaires d’environ 60 000 ha à Baie-Comeau-Godbout. Ça donne plus de 90 000 ha pour un seul propriétaire, ce qui représente environ 70 % de la forêt privée de la Côte-Nord en superficie! Ça vient jouer sur la moyenne. Même sans la grande forêt privée, ce serait sûrement élevé aussi puisqu’il y a une concentration de petites propriétés forestières : plusieurs propriétaires ont de nombreux lots, donc des propriétés assez grandes. » précise M. Jalbert.
DES DÉFIS À RELEVER
Plusieurs défis se présentent pour le Groupement : un peu partout au Québec, la tendance est à la diminution au niveau de l’exploitation et de l’aménagement actif. De plus en plus, les gens achètent un lot simplement pour avoir un petit coin tranquille, un petit chalet. La position géographique de la région et le fait qu’il n’y a que 0,8 % du territoire de la Côte-Nord qui est privé limite le développement en forêt privée du Groupement.
Malgré le nouveau contrat avec Domtar, une incertitude demeure au niveau du marché du bois. « J’essaie de baisser les inventaires autant que possible pour diminuer notre risque. La renouvellement de la main d’œuvre est toujours un défi aussi. On a deux personnes qui étaient l’essentiel de l’équipe ces 15 dernières années et qui s’en vont à la retraite dans un an. Il faut préparer une relève et avoir quelques talents dans l’équipe pour assurer une pérennité. » mentionne M. Jalbert.
LES PROJETS D’AVENIR
Le Groupement a déjà possédé une bleuetière et aimerait bien s’impliquer à nouveau dans le domaine agricole. Il aimerait également développer un projet récréotouristique sur les lots qu’il possède en bordure du Fleuve avec un potentiel récréatif assez élevé. On peut effectivement y observer de nombreux mammifères marins souvent présents à proximité du rivage puisque le fleuve est très profond à cet endroit. « La Côte-Nord est entourée de forêt publique; on pourrait y faire des travaux sylvicoles pour compléter la saison de nos travailleurs. » conclut M. Jalbert, qui ne manque pas d’idées pour le futur de son groupement. « La conservation, les crédits carbone, les produits forestiers non ligneux, la prévention des feux de forêt, toutes les idées sont bonnes à être évaluées quand on veut se diversifier. »
Signé Mélinda Morissette, spécialiste design et communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, décembre 2025-janvier 2026, pp. 20-21
