Favoriser le développement de la forêt privée sur un immense territoire allant de Portneuf à Charlevoix et qui, s’il compte neuf grands propriétaires représentant à eux seuls le tiers des forêts privées de la région 03, compte aussi 6 500 autres petits propriétaires dont il faut mobiliser les bois malgré des débouchés restreints, en particulier pour le bois de pâte.
Tel est le défi de l’Agence des forêts privées de Québec 03, qui travaille constamment dans un esprit collaboratif pour améliorer l’environnement d’affaires des organismes en lien avec les forêts privées, pour les aider à diminuer leur lourdeur administrative et pour faciliter le travail des ingénieurs forestiers et des équipes techniques. L’agence a une très bonne entente avec les conseillers forestiers accrédités et des liens forts avec les groupements forestiers de sa région.

Charles Rhéaume est ingénieur forestier et secrétaire exécutif de l’Agence des forêts privées de Québec 03 depuis 2011. Un technicien forestier, qui est aussi agent vérificateur, et une adjointe administrative complètent l’équipe, ce qui constitue une structure très légère et agile. Des employés temporaires sont parfois engagés pour des projets précis et des contrats sont donnés à l’externe. « On est un OSBL dont le but premier est de définir les orientations en forêt privée de nos territoires, donc on est plus un lieu de concertation. », mentionne M. Rhéaume, qui peut compter sur un conseil d’administration (CA) pour décider des lignes directrices de l’aménagement du territoire privé de la région 03. Sur ce CA sont regroupés des gens du monde municipal, de l’industrie forestière, du ministère des Ressources naturelles et des Forêts et des représentants des propriétaires forestiers. À la suite des décisions prises par leur CA, les agences accréditent annuellement des conseillers forestiers, qui sont souvent les mêmes au fil du temps. Il s’agit surtout de firmes où travaille un ingénieur forestier.
L’orientation et le développement de la mise en valeur des forêts privées de leur région est le principal mandat des agences régionales de mise en valeur, et ceci est possible grâce à l’élaboration et au suivi du Plan de protection et de mise en valeur des forêts privées (PPMV), par le soutien et la mise sur pied de certaines activités de formation pour les propriétaires de la région (abattage directionnel, affûtage de scie mécanique, aménagement forestier et faunique, etc.), par l’accréditation annuelle des conseillers forestiers et par le soutien financier et technique grâce aux programmes d’aide du Ministère. L’agence est en quelque sorte la mandataire du Ministère pour la gestion régionale des programmes d’aide en forêt privée. Lorsque ce dernier met sur pied un programme d’aide provinciale, il en délègue la gestion de chacune des régions aux agences.
En termes de mandat de base confié par le MRNF, toutes les agences sont semblables, mais leur structure varie sensiblement d’une région à une autre. Celle de la région 03 se démarque par la présence sur son territoire de neuf grands propriétaires privés (possédant plus de 800 hectares de terres chacun), tous actifs dans l’aménagement forestier. Avec leurs 222 000 hectares au total, ces derniers récoltent près de 66 % de tout le bois prélevé en forêt privée pour la Capitale-Nationale, où les forêts privées représentent 44 % du territoire, soit 670 000 hectares! Celles-ci contribuent énormément à la vitalité économique de la région 03 et à l’économie locale. En 2024, ce sont 360 000 m3 qui ont été récoltés en forêt privée, et qui ont été en bonne partie transformés par des industries de la région.
Mobilisation des bois
1 450 producteurs forestiers sont enregistrés sur 6 500 propriétaires, de sorte qu’environ 22 % des propriétaires sont des producteurs forestiers enregistrés, et ce pourcentage se maintient depuis une dizaine d’années. Des campagnes de publicité sont faites par les partenaires nationaux de la forêt privée, entre autres, pour inciter les propriétaires à devenir producteurs forestiers. L’agence en fait également, mais de façon ponctuelle et de manière à cibler sa région. « Il y a quelques années, on a instauré du démarchage puisqu’on avait des secteurs avec une problématique d’investissement. Notre technicien forestier avait ciblé des propriétaires non enregistrés, mais qui avaient des peuplements matures près des grands axes routiers. Il les contactait et on leur offrait gratuitement nos services pour aller marcher avec eux sur le terrain et leur faire valoir les bénéfices de l’aménagement forestier. On le faisait aussi en aval de l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette qui s’en venait. Elle ne nous touchait pas encore, mais on voulait leur suggérer de récolter avant que la mortalité arrive et que les marchés ne soient engorgés. Seul le tiers du bois des forêts privées de la région 03 est prélevé chez les petits propriétaires (de moins de 800 hectares); il faut courtiser ceux qui ne sont pas actifs et leur faire valoir les bénéfices économiques et environnementaux de l’aménagement, les amener vers la mobilisation des bois. », ajoute M. Rhéaume.
Main-d’oeuvre
Malgré la proximité des grands centres urbains pour la région 03, l’attractivité de la main d’œuvre dans l’industrie forestière est difficile parce qu’elle est en concurrence constante avec d’autres industries, contrairement à la main d’œuvre captive dans les régions où le grand moteur économique est la forêt, donc il est plus difficile d’amener les gens à travailler en forêt privée dans le territoire couvert par l’Agence des forêts privées de Québec 03. L’autre difficulté de cette région est le manque d’intérêt pour le bois de trituration ou le bois de pâte, qui doit être livré en grande majorité en Mauricie ou en Estrie, ce qui diminue la rentabilité des opérations.
La région de la Capitale-Nationale a également perdu près de 20 % de ses producteurs forestiers enregistrés depuis 2011, année où s’est terminée la subvention des plans d’aménagement forestier. « Ça fait drôle à dire, mais l’un des meilleurs agents de mobilisation actuellement, c’est la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Étant donné qu’il y a une grande incertitude dans l’industrie de transformation avec les droits compensateurs qui nous ont été imposés aux douanes aux États-Unis, ça a créé une grosse conjoncture économique et une incertitude industrielle, donc les prix offerts aux producteurs ont baissé. Là, on a énormément de bois à mettre en marché. La tordeuse, elle, n’attend pas les meilleures conditions; certains propriétaires sont donc forcés à embarquer dans l’aménagement forestier malgré les conditions actuelles du marché. », souligne en terminant M. Rhéaume.
Signé Mélinda Morissette, spécialiste design et communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, décembre 2025-janvier 2026, p.12
