Avec Somival et le Centre sylvicole de Forestville, la Société d’exploitation des ressources de la vallée (SERV) peut compter sur non pas une, mais bien deux pépinières qui produisent des plants forestiers de qualité et donnent de l’emploi à près d’une centaine de personnes.
À l’occasion de son dossier spécial sur les pépinières, le représentant du journal Le monde forestier s’est entretenu avec OLIVIER BÉLANGER, qui est non seulement est le directeur de Somival, mais qui contribue aussi activement au Centre Sylvicole de Forestville.
Pour la petite histoire, Somival a été fondée en 1984, à Lac-aux-Saumons, dans la belle région de la Vallée de la Matapédia. En fonction des commandes du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, la pépinière produit en moyenne de cinq à six millions de plants annuellement dans ses 68 tunnels qui disposent chacun d’une superficie de 450 mètres carrés. Ces plants sont essentiellement destinés à des récipients de fortes et de moyennes dimensions, soit des caissettes de 25 et 36 cavités.
Quant au Centre sylvicole de Forestville, il a été fondé en 1986 et acquis par la SERV en 1996. Celui-ci compte 37 tunnels d’une superficie de 900 mètres carrés chacun. Avec des installations similaires à celles de SOMIVAL en termes de superficie d’ensemencement, on y produit toutefois jusqu’à 15 millions de plants par année. Oui, cette pépinière est très performante, mais il faut aussi dire qu’on y produit des plants de plus petite taille, destinés à des caissettes de 25, 36, 45, 67 et même 113 cavités. Dans ce dernier cas, il s’agit de pousses minuscules, mesurant environ 10 centimètres chacun.
Du côté de Somival, l’essentiel des opérations s’échelonnent sur un horizon de trois ans, la première année étant consacrée à l’ensemencement, la seconde à la croissance et à l’entretien, alors que la troisième est celle de la livraison des plants. À Forestville, l’échéancier est ramené sur deux ans pour la partie de la production qui concerne les plants de plus petite taille.
L’essentiel de la production est destinée au ministère des Ressources naturelles et des Forêts. « C’est eux qui s’occupent de centraliser toute la gestion de la commande de plants aux fins de reboisement au Québec, autant sur terres publiques que privées. Ainsi, Ils nous informent sur ce qu’on doit produire et nous envoient les semences en conséquence. En fonction des calendriers de commandes prévus, on doit faire croître les plants et atteindre les standards requis », explique M. Bélanger.
En plus du client principal qu’est le ministère, l’organisation a commencé à diversifier en se tournant vers les cultures privées de plusieurs espèces de feuillus et conifères : bouleau jaune, chêne rouge, chêne bicolore, noyer cendré, noisetier hybride, pin de Corée et pin de Sibérie.

« On diversifie nos produits et ça marche! Si on regarde cette année, il nous reste peu de choses à vendre. Pratiquement tout est déjà promis », s’enthousiasme M. Bélanger. Ce volet s’avère relativement marginal, mais malgré tout prometteur, avec une production qui double à chaque année depuis trois ans. L’entreprise collective devient ainsi responsable de l’ensemble de la chaine, de l’achat des semences à la livraison en passant par la croissance.
La demande provient de toutes sortes de clients, comme des centres jardins, ou encore des propriétaires forestiers qui veulent diversifier leurs cultures en sortant des essences facilement accessibles dans le cadre du programme de reboisement. « Ça peut être, par exemple, un propriétaire forestier qui a une érablière et qui veut l’enrichir en ajoutant du bouleau jaune ou de l’érable à sucre parce qu’il n’y a pas beaucoup de régénération. »
M. Bélanger remarque d’ailleurs que la vision des propriétaires forestiers tend à changer ces dernières années. « On dirait que la diversité prend son sens de plus en plus aux yeux des propriétaires. Les résineux demeurent populaires, mais il y en a beaucoup qui cherchent à avoir une diversification qui comprend des feuillus. Le but du propriétaire forestier, ce n’est plus nécessairement d’être entièrement axé sur la récolte de résineux, mais aussi d’avoir un milieu de vie diversifié qui est agréable », note-t-il.
Parmi les principaux enjeux auxquels les deux pépinières font face, on retrouve celui de la main-d’oeuvre. Pour arriver, Somival fait appel, sur ses 48 employés, à 16 travailleurs guatémaltèques qui sont présents de mai à octobre. Les mêmes ouvriers sont de retour d’année en année et M. Bélanger tient à dire qu’ils bénéficient des mêmes possibilités d’avancement que les autres travailleurs. « Pour être franc, si on ne les avait pas, on aurait probablement fermé il y a quelques années. »
À Forestville, le défi de main-d’œuvre est encore plus important, alors que le bassin de population dans la région est relativement faible. En fait, avec ses 45 employés, dont 18 travailleurs étrangers en provenance du Guatémala, le Centre sylvicole est l’un des principaux employeurs de la MRC de la Haute-Côte-Nord.
L’un des autres enjeux d’importance est celui de l’adaptation aux conditions climatiques. Avec les changements au climat, on remarque de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes.
« L’été passé, on a eu des bonnes sécheresses, ce qui fait qu’il a été essentiel de maintenir les cavités humides pour éviter que les plants ne se dessèchent trop. Cet hiver, on a eu une excellente couverture de neige, mais la fonte a été particulièrement lente. Dans ces conditions, l’humidité tend à rester là plus longtemps, ce qui peut conduire à des problèmes fongiques, comme la présence de certains champignons pathogènes. Malgré tout, les conditions ont été favorables à la production de plants de qualité sans problématiques majeures, mais il faut toujours rester vigilants. »
Nouvel entrepôt
Déterminé à continuer de se positionner comme un chef de file des pépinières, Somival s’est doté d’un nouvel entrepôt.
Financé dans le cadre des programmes gouvernementaux de modernisation des pépinières, ce nouveau bâtiment a été construit en 2024 et est utilisé depuis l’an dernier. Il s’avère particulièrement utile au printemps, alors que pratiquement toutes les activités se déroulent en même temps : ensemencement, classement pour la préparation des inventaires et début de la livraison.
« Le fait d’avoir un entrepôt, ça nous permet de commencer un peu plus tôt l’ensemencement. Ainsi, on se donne de la marge de manœuvre pour nos autres opérations et on réduit un peu nos besoins de main-d’œuvre sur l’ensemble de la saison », indique le directeur de la pépinière, OLIVIER BÉLANGER.
Signé Dany Rousseau, directeur des communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, mai-juin 2026
