Le modèle d’affaires modernisé

Le modèle d’affaires des groupements forestiers a été révisé et modernisé cette année par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, ce qui relance un nouveau cycle d’audits. Ce modèle est-il toujours d’actualité? Selon les trois employés de la Société sylvicole Haute-Gatineau avec qui nous nous sommes entretenus, il ne fait nul doute que oui.

Avant 2018, la structure des groupements n’était pas uniformisée au niveau administratif ni au niveau de la gouvernance. L’approche était axée sur l’ouvrier sylvicole, et le propriétaire forestier n’y avait pas vraiment son importance. La mise en place et la reconnaissance du modèle d’affaires tel qu’on le connaît ont été laborieuses. Débutées en 2013, il aura fallu cinq ans de travail acharné et de sacrifices pour que tous arrivent à s’y conformer et à s’entendre.

Dans le cas de la Société sylvicole de la Haute-Gatineau, le modèle d’affaires a fait évoluer énormément l’organisation vers une approche axée sur le propriétaire forestier.

Selon PATRICK FEENY, directeur général de la SS Haute-Gatineau, « le modèle d’affaires permet de se structurer, de savoir où s’investit l’argent. C’est un système qui rassure les citoyens, de savoir que c’est encadré au niveau de la gouvernance, qu’il y a une transparence au niveau de la gestion ». Une revue de littérature est réalisée annuellement, et des audits sont faits aux quatre ans. « C’est un processus rigoureux qui demande un certain travail, mais qui en vaut la peine », mentionne M. Feeny. 

S’il est possible d’évoluer en tant que conseiller forestier indépendant, c’est au niveau de l’encadrement que tout diffère. Ses actions ne sont pas aussi structurées, encadrées, auditées. Bien que plusieurs conseillers soient excellents, ils ne peuvent offrir la même transparence. Le public ne fait pas toujours la distinction entre ces derniers et un groupement forestier, déplore OLIVIER MAINVILLE, ingénieur forestier à l’emploi de la société sylvicole depuis un an. Depuis son embauche, il est en mesure de constater les avantages du modèle d’affaires. La différence positive dans les suivis, l’accompagnement offert, la qualité des livrables, la possibilité d’offrir un service clé en main, tout est mieux que ce qu’il se fait ailleurs, selon lui.

Changements au modèle

Les récents changements au modèle d’affaires, bien qu’ils ne soient pas majeurs, sont difficiles pour les groupements, qui ont à les expliquer à leurs membres. « Changer les conventions en cours de route, ce n’est pas évident pour nous. Parfois, un proprio vient de signer sa convention, et un mois plus tard, tout change et il faut lui réexpliquer et signer une nouvelle convention. Ça peut créer de la méfiance chez certaines personnes. Idéalement, il faudrait connaître les changements à l’avance, laisser plus de délai entre leur annonce et leur mise en place. », mentionne MICHEL THIBAULT, technicien forestier et adjoint au directeur.

Connaissance du modèle

Selon M. Feeny, il y a deux volets à la connaissance du modèle : le volet propriétaires et le volet partenaires. Pour les propriétaires, une procédure et des outils sont en place pour bien les informer, et ce serait assez efficace. Pour les partenaires (intervenants principaux, syndicats de producteurs de bois, agences et ministères), par contre, une meilleure connaissance est nécessaire afin de bien leur faire comprendre l’utilité du modèle. Groupements forestiers Québec se penchera sur la question prochainement; il s’agit d’un point au niveau de son plan de communications en cours de déploiement. 

« Le public ne le connaît pas. Il ne sait pas qu’on vient du Mouvement Dignité; que l’origine des groupements, c’est ça. Tout le monde sait qu’on a des membres, un impact territorial, mais tout ce qui est derrière ça, les politiques, l’éducation aux propriétaires qu’on fait, les AGA où on dévoile nos surplus et ce qu’on fait avec, tout ça, les gens ne comprennent pas », déplore M. Thibault. « Et même au sein des groupements, il y a beaucoup de changements de personnel et même de directeurs généraux, et l’information se perd au fil du temps. Ça fait 50 ans qu’on existe, mais les employés restent 10 à 15 ans en poste. Ceux qui viennent d’arriver ne connaissent pas notre histoire ».

Une image à développer

Pour faire comprendre davantage l’idée de regroupement de tous les groupements forestiers, il serait utile de développer un visuel uniforme, à défaut d’avoir des noms semblables, selon MM. Feeny et Thibault. En terminant, ils admettent que le nom de la Société sylvicole Haute-Gatineau peut porter à confusion, certains ayant déjà cru qu’il s’agissait d’une organisation gouvernementale. Une discussion a déjà eu lieu il y a longtemps en ce sens, mais selon eux, il serait nécessaire de ramener le sujet sur la table afin de trouver une solution claire et convenable pour tous, pour le rayonnement du modèle d’affaires.

Signé Mélinda Morissette, spécialiste design et communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, mai-juin 2026

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