En présence de plus de 120 personnes, dont des membres, mais aussi des anciens présidents et employés de l’organisation, le Groupement forestier Bellechasse-Lévis a organisé une soirée bien spéciale, le 25 septembre dernier, pour souligner le 50e anniversaire de sa fondation. Une riche histoire marquée par l’engagement toujours renouvelé d’une organisation à se mettre au service des propriétaires de boisés de la région !
Le déroulement de la soirée, qui s’est tenue à la salle municipale de Buckland, a fait en sorte qu’avant la tenue de l’assemblée générale annuelle, un souper a été offert aux participants. Au cours du repas, RAYNALD POULIOT, directeur général pendant trente ans, de 1987 à 2017, a pris la parole pour retracer la riche histoire du groupement forestier. Sa présentation était réalisée en collaboration avec MARCEL POULIN, pour sa part président pendant pas moins de 24 ans, soit de1979 à 2000 et de 2006 à 2008. M. Poulin, qui a même été président de RESAM, l’ancêtre de Groupements forestiers Québec, de 1995 à 1999, n’a malheureusement pas pu être présent à la soirée en raison de problèmes de santé. Heureusement, M. Pouliot a pris le relais en lisant un texte rédigé par ce dernier.
C’est ainsi qu’on a appris que l’histoire de l’entreprise avait débuté vers la fin de l’année 1972. Peu de temps auparavant, face à la menace de fermeture de leur village, des pionniers avaient créé, à Ristigouche, en Gaspésie, un tout nouveau modèle d’organisation : un groupement forestier.
Un an plus tard, ayant entendu parler des bienfaits de ce modèle, des propriétaires de boisés de Bellechasse se mobilisent et vont à la rencontre d’autres propriétaires. La mobilisation prend d’abord forme dans la partie la plus forestière de Bellechasse, soit Armagh à Saint-Camile. Les principaux avantages mis de l’avant comprennent le développement économique des villages ainsi que l’emploi, un propriétaire membre d’une telle organisation se voyant ainsi promettre une priorité d’embauche pour les travaux à venir.
En 1973, un comité provisoire est formé pour entamer les procédures en vue de créer un groupement en collaboration avec le ministère des Terres et Forêts. C’est en 1975 que la nouvelle entreprise collective voit officiellement le jour sous le nom de Groupement forestier et agricole de Bellechasse. Le premier président est GÉRALD MARCEAU.
Parmi les éléments intéressants relatés, on retrouve la première convention du groupement qui prévoyait que les propriétaires qui devenaient membres s’engageaient à garder leurs terres sous aménagement pour une période de 15 ans. « À l’époque, c’était en quelque sorte la première fois que le gouvernement s’engageait à investir en forêt privée. Il avait peur que cet investissement soit dilapidé. Depuis, les propriétaires ont fait la démonstration de leur sérieux, ce qui fait que l’engagement a été ramené à cinq ans », a expliqué M. Pouliot. Au début des années 1980, l’organisation a élargi son territoire d’action et intègre des boisés à Lévis, ce qui mène éventuellement au nom actuel, soit le Groupement forestier Bellechasse-Lévis.
Le premier bureau a été aménagé en 1976 dans un chalet situé à Saint-Magloire et qui appartenait au premier directeur général, THÉOPHILE BOUTIN. Entré en poste en 1984 en tant qu’ingénieur forestier, M. Pouliot s’est rappelé ce premier bureau. « On avait un seul téléphone. Comme on travaillait à quatre ou cinq là-dedans, ce qu’on a fait, c’est qu’on a mis un long fil. Disons que pour la discrétion des appels, ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux. » C’est en 1988 que le bureau actuel de Saint-Magloire a été construit. En 2019, une inondation au sous-sol du bureau a endommagé les archives du groupement, ce qui fait qu’il est impossible d’avoir des chiffres précis, par exemple, sur le nombre total d’arbres plantés ou sur les superficies récoltées au fil des ans.
M. Pouliot a aussi raconté être passé il y a quelques semaines seulement sur le site de la toute première plantation effectuée en 1976 dans le champ d’un propriétaire de Sainte-Sabine. « Depuis la plantation, deux éclaircies ont été réalisées et la récolte finale a été amorcée. Les arbres ont bien poussé et c’est une très belle plantation. Quand on dit que planter, c’est un investissement à long terme et qu’il faut attendre 50 ans pour en récolter les fruits, on en a la preuve ! »
Un événement qui mérite certainement d’être rappelé est l’aide apportée par le groupement aux sinistrés victimes de la crise du verglas de 1998. Des partenaires industriels avaient alors fourni trois vans de bois qui avaient été acheminés à Saint-Bruno-de-Montarville. Sous une pluie incessante, les employés du groupement avaient découpé le chargement pour en faire du bois de chauffage. Selon M. Pouliot qui était sur place, les conducteurs ont fait la file toute la journée pour qu’on dépose les précieuses bûches dans leurs valises d’autos.

Tentatives de diversification
Au fil de 50 ans d’histoire, plusieurs initiatives de diversification ont été tentées. Ainsi, à la fin des années 1980, le groupement avait commencé à planifier de se lancer dans la production acéricole, mais a dû reculer en raison de l’effondrement du marché du sirop d’érable.
Le groupement s’est associé avec le Groupement forestier du sud de Dorchester dans la création d’une entreprise du nom de Panaxco et qui se spécialisait dans la production et la commercialisation de ginseng. En 2007, le groupement est devenu partenaire de la scierie Bel-Ache, à Saint-Magloire, qui se voulait un fabricant de palettes de manutention.
De 1983 à 2012, il a aussi été copropriétaire du Centre de production de plants forestiers Québec inc. une pépinière située à Sainte-Anne-de-Beaupré. Enfin, de 2008 à 2010, le groupement a aussi été partenaire dans Agrifor énergie, une entreprise qui oeuvrait dans le domaine de la biomasse forestière.
Aucune de ces sociétés n’est encore en opération aujourd’hui. « On n’a pas perdu d’argent avec ces entreprises a tenu à spécifier M. Pouliot. On a même connu de très bonnes années avec certaines d’entre elles. Comme la rentabilité à long terme n’était pas au rendez-vous, il a toutefois fallu mettre un terme à leurs activités. Disons que la crise forestière des années 2005 à 2012 n’a pas aidé. À un moment donné, les administrateurs ont décidé de se concentrer sur ce qu’on savait faire de mieux : aménager la forêt. »
Bons coups
M. Pouliot a aussi relaté plusieurs bons coups réalisés par l’organisation au fil des ans. Parmi ceux-ci, on retrouve l’achat au début des années 1990 de dix lots à bois d’un Américain à 10 000 $ chacun (100 $ l’acre) pour un montant total de 100 000 $. « C’était nos premières acquisitions de lots et ce fut un excellent investissement ! »
De même, au début des années , le groupement a commencé à faire ses premiers travaux en terres publiques dans le cadre d’un contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier de Bois Daaquam. « Au fil des ans, on a développé une solide expertise pour faire des contrats en forêt publique, ce qui nous permet de garder en emploi un grand nombre de travailleurs. On a aussi une belle collaboration avec Bois Daaquam, dont on est l’un des principaux fournisseurs de bois. »
Priorité au service aux membres
Une organisation bien implantée dans son milieu, qui offre d’excellents services à ses propriétaires membres tout en étant active en forêt publique, voilà qui dresse un bon portrait du Groupement forestier Bellechasse-Lévis.
« Notre priorité, c’est de bien servir les membres. On aimerait en faire plus, mais on a un enjeu important du côté de la main-d’œuvre. Ces dernières années, il y a eu plusieurs départs à la retraite. La relève qualifiée est difficile à recruter, pourtant on est situés pas très loin de Québec. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à voyager pour travailler. Malgré tout, on se tire quand même bien d’affaire », explique MARC-ANTOINE THERRIEN, directeur général du Groupement forestier Bellechasse-Lévis depuis 2018.
Un arbre récolté récemment suite à la première plantation effectuée par le groupement en 1976.
Le président Sylvain Bédard et le directeur général Marc-Antoine Therrien ont remis un prix à Raynald Pouliot pour le remercier de sa présentation lors de la soirée du 50e anniversaire.
Photo prise en 2000 de membres fondateurs du groupement.
En 2024-2025, son organisation a effectué pour 137 hectares de travaux de préparation de terrain, construit 43 kilomètres de chemins et installé 94 ponceaux, en plus de récolter pour plus de 5 M$ de bois. Il s’agit d’une année légèrement inférieure à la moyenne, une situation essentiellement attribuable au manque de main-d’œuvre.
Il faut dire qu’avec les tarifs sur le bois d’œuvre du voisin américain et les prix du bois qui stagnent, peu d’entreprises forestières québécoises ont vécu une année de rêve. « À ces défis structurels, se sont ajoutées des conditions climatiques éprouvantes : un hiver rigoureux et un printemps hâtif qui ont compliqué la récolte et le transport de bois. Dans ce contexte difficile, notre équipe a su faire preuve d’agilité et de rigueur pour maintenir le cap et livrer les résultats attendus », indique pour sa part le président SYLVAIN BÉDARD. Lors de la soirée du 50e anniversaire, celui-ci a été désigné comme l’homme polyvalent par excellence, et pour cause, car il a été ouvrier, contremaître, propriétaire, administrateur et président.
« Notre secret, c’est qu’on fournit du bois à plusieurs scieries avec qui on a une excellente collaboration, ce qui nous permet de continuer à aller chercher de bons prix pour nos propriétaires membres », renchérit M. Therrien. Parmi les usines de transformation qui s’approvisionnent en bois auprès du groupement, on retrouve ainsi Bois Daaquam (Groupe Lebel), Clermond Hamel, Carrier et Bégin (Saint-Honoré), Scierie Lemay, Matériaux Blanchet et Mobilier Rustique.
Au cours des prochaines années, M. Therrien s’attend à une intensification des travaux de récolte. « Avec la tordeuse de bourgeons de l’épinette qui s’en vient dans la région, les propriétaires qui ont des peuplements arrivant à maturité auraient avantage à penser à faire récolter leur bois s’ils ne veulent pas perdre une partie de leurs actifs. On prévoit aussi continuer à appliquer sur plusieurs contrats du Bureau de mise en marché des bois (BMMB). »
Au total, le groupement compte une vingtaine d’employés. L’entreprise collective ne possède pas de multifonctionnelle, de sorte qu’elle confie les travaux de récolte à des sous-traitants dont le nombre peut aller jusqu’à une dizaine en hiver. Parmi les projets d’avenir, il est question d’acquérir une cabane à sucre afin de se lancer dans la production acéricole.
Le Groupement forestier Bellechasse-Lévis en chiffres (année 2024-2025) :
891 propriétaires membres (58 nouveaux)
Préparation de terrain : 137 hectares (ha)
Plantation : 206 385 arbres
Entretien de plantation : 320 ha
Coupes parties : 206 ha
Coupes intensives : 516 ha
43 km de chemins construits
94 ponceaux installés
Valeur du bois récolté : 5 069 876 $
Valeur du bois récolté par mètre cube : 76 $
Signé Dany Rousseau, directeur des communications pour Groupements forestiers Québec
