Contrairement au Groupement forestier coopératif Baie-des-Chaleurs, dont il a été question dans l’article précédent, le Groupement forestier coopératif Abitibi n’utilise pas le modèle de gestion des forêts publiques mis en place par le gouvernement. Il réalise des contrats en terres publiques via des délégations de gestion des municipalités, et travaille également pour une coopérative forestière de son secteur, qui n’a pas d’ingénieur forestier à son emploi.
En effet, depuis 1997, le groupement gère des lots intramunicipaux. Dans sa région, ces lots ne sont pas regroupés par MRC. Puisque les visions de chaque municipalité étaient très différentes par rapport aux travaux forestiers à effectuer, chacune gère ses propres terrains. Le groupement de l’Abitibi s’occupe ainsi des lots de 13 municipalités, qui représentent 9 ententes de délégation différentes. À ceci s’ajoutent parfois les lots de 2 à 4 autres municipalités, mais de façon irrégulière puisqu’elles fonctionnent par appels d’offres.
DIFFÉRENTS TYPES D’ENTENTES
Pour les 9 ententes récurrentes, les contrats sont souvent de quelques années (2, 3 ou 5 ans), ce qui permet au groupement d’obtenir une bonne prévisibilité à long terme pour la récolte, la construction de chemins et les travaux sylvicoles. Pour la plupart des 9 municipalités, il s’agit d’une délégation de gestion complète où tout est réalisé de A à Z : plan général, tactique, travaux sylvicoles, choix de l’entrepreneur, rapport annuel, etc. Dans d’autres cas, le choix de l’entrepreneur relève de la municipalité, qui désire favoriser un entrepreneur local. Faire la paye de l’entrepreneur de récolte, par exemple, donne des heures de travail à la comptabilité de la municipalité, ce qui permet de facturer des heures du personnel au niveau des lots intramunicipaux et d’alléger la charge fiscale des citoyens. La prévisibilité est bonne même si certains lots ne sont pas gérés au complet; assez pour que ça vaille la peine de recruter du personnel et d’investir dans l’équipement informatique, surtout quand les services des mêmes entrepreneurs sont utilisés en forêt privée et sur les lots intramunicipaux. C’est facilitant à plusieurs égards, dont pour le suivi de la machinerie.
« Je ne vois aucun inconvénient à ce type de gestion. Au contraire, c’est même un levier indispensable pour nous permettre de conserver tout notre personnel, été comme hiver, d’avoir un roulement sur 52 semaines. Si on perdait ça, nos opérations en subiraient les conséquences. », mentionne SYLVAIN THIBODEAU, directeur général du Groupement forestier coopératif Abitibi. Cette gestion représente en effet près de 50 % de son chiffre d’affaires. « Les lots qui ne sont pas propices à l’agriculture (plus rocailleux, plus sablonneux) sont plus faciles à opérer au printemps et à l’automne, ce qui nous permet de garder nos entrepreneurs de récolte pour travailler toute l’année. Si on faisait juste de la forêt privée, on aurait vraiment de la difficulté à être capables de leur donner du travail pendant 12 mois. Le fait d’avoir à s’occuper de lots intra, ça devient complémentaire, ça nous permet de garder des entreprises en bonne santé financière toute l’année ».
DE NOUVELLES POSSIBILITÉS
Il y a quelques années, certaines municipalités commençaient un peu à se désintéresser de la gestion des lots intramunicipaux puisque c’était une charge de travail additionnelle qui ne rapportait pas beaucoup. Pendant 30 ans, les revenus générés devaient être réinvestis dans les lots eux-mêmes, en créant par exemple des sentiers. Bien souvent, ces lots sont éloignés des villes, donc il n’y avait pas nécessairement d’intérêt à y créer des aménagements. Ces dernières années, le Ministère a permis d’utiliser les surplus financiers dans les projets des municipalités, sans égard à leur emplacement. Une ville peut ainsi se servir de cet argent comme levier pour obtenir d’autres aides financières. Celle-ci doit déposer une demande et être en mesure de démontrer qu’elle a concrétisé ou même dépassé son scénario sylvicole. Pour les municipalités, c’est vraiment intéressant puisque cette idée permet de valoriser l’apport du secteur forestier au niveau de sa population. Certaines conditions doivent être respectées, comme celles de soumettre une demande bien structurée, de mettre le bois en valeur dans son projet et d’y indiquer que ce dernier a été rendu possible grâce aux revenus issus de la gestion des lots intramunicipaux. Plusieurs municipalités ont déjà soumis une demande au Ministère pour bénéficier de ce programme : à Rouyn, il se construit actuellement un centre aquatique avec une finition en bois apparent. À Normétal, des sentiers de ski de fond ont été aménagés. À Taschereau, un belvédère a été créé. « C’est un beau principe qu’il faudrait peut-être même voir à élargir à toute la forêt habitée. Il faudrait réfléchir à changer les modes d’opération pour tous les secteurs à l’intérieur des limites des municipalités. Peut-être que ça viendrait diminuer l’opposition à la foresterie parce que les gens en verraient concrètement l’utilité. », mentionne en terminant M. Thibodeau.
Signé Mélinda Morissette, spécialiste design et communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, mai-juin 2026
