À la tête de Brix Co., on retrouve deux jeunes frères, Guillaume et Olivier Pépin, qui, avec leur goût pour l’innovation et la remise en question des vieilles façons de faire, ont permis à leur érablière estrienne de connaître en quelques années seulement une forte expansion en misant sur des produits de très grande qualité.
S’ils ont grandi à Sherbrooke dans une famille où plusieurs membres opéraient des érablières, les deux frères connaissaient peu de choses concernant les procédés acéricoles jusqu’au moment où, en 2018, ils se sont portés acquéreurs de l’érablière de 8 000 entailles de leur grand-père située sur terre privée.
À l’époque, Guillaume complétait une maitrise en management et administration des affaires et Olivier était diplômé de l’École de technologies supérieures (ETS) de Montréal. Rapidement, il leur a fallu décider s’ils souhaitaient rester dans leurs domaines d’études ou se consacrer à temps plein à l’acériculture car deux de leurs oncles leur ont offert par la suite de racheter l’une de leurs érablières.
« Nos oncles possédaient 125 000 entailles sur trois sites différents et ils souhaitaient se départir de l’un deux comptant 32 000 entailles et situé sur terre publique dans le village voisin de St-Ludger, à St-Robert-Bellarmin. C’est une occasion qu’on ne pouvait pas laisser passer », raconte Guiillaume Pépin.
L’acquisition de l’érablière des deux oncles marque, en effet, un tournant. C’est cette dernière entreprise qui est devenue la marque Brix Co. dépositaire des sirops d’érable de première qualité vendus en bouteilles et en cannes. L’érablière du grand-père, pour sa part, a pour nom Sucrerie Pépin et fils. L’ensemble de l’eau d’érable qui y est produite est toutefois transportée au centre de bouillage Brix Co. pour y être transportée.
Loin d’être un obstacle, le fait que les deux dirigeants connaissaient au départ peu de choses des procédés acéricoles est devenu un fait marquant qui a amené l’entreprise à se démarquer. « Moi et mon frère, quand on fait quelque chose, on veut toujours être les meilleurs. On posait beaucoup de questions. Quand on se faisait répondre qu’une chose se faisait de telle façon parce que tout le monde la faisait de même depuis toujours, ça ne nous satisfaisait pas. On a fait beaucoup de recherche, ce qui nous a permis d’innover. »
Dans la région de l’érablière, soit à l’extrémité de la MRC du Granit et à la limite de la Beauce, la production de sirop se chiffre en moyenne à quatre livres par entaille. Or, Brix Co. arrive plutôt à produire de cinq à six livres par entaille.
Comment arrivent-ils à ce résultat? Leur secret réside en partie dans les tubulures, Alors que, le plus souvent, les érablières installent de longues lignes de tubulures pouvant relier jusqu’à 20 arbres, Guillaume Pépin indique qu’eux se contentent de lignes reliant de deux à trois arbres.
Il s’agit d’une technique plus dispendieuse car il faut plus de tuyaux et de raccords, mais qui permet de placer les érables dans un environnement leur permettant de performer plus. « L’une des étapes les plus importantes consiste à faire les fuites. À ce moment, il peut arriver qu’une entaille laisse entrer de l’air parce que le trou n’est pas étanche. O, quand il y a une fuite sur un arbre, cela pénalise toute sa ligne. Si vous avez 20 arbres sur la ligne et qu’un arbre fuit, cela enlève du rendement aux 19 autres arbres. Au contraire, si vous avez juste deux arbres sur la ligne, et qu’un arbre fuit, alors il enlève du rendement seulement à un autre arbre. »
Installation BP, une entreprise de Saint-Ludger spécialisée dans la mise en place des tubulures, a assisté Brix Co. pour cet important volet. Entre autres demande spéciale, le président Simon Bellegarde indique avoir procédé, à la demande des frères Pépin, à l’installation de maitres lignes au centre de lignes parallèles, ce qui a permis d’obtenir plus de pente sur les premiers 60 à 80 pieds des tuyaux 5-16 (différentes dimensions). À terme, cela a permis de faciliter la récolte, d’augmenter le vacuum d’air, ainsi que le volume d’eau d’érable récoltée.
« Les deux frères ont beaucoup de questions et de propositions, mais ils sont aussi ouverts aux idées des autres. On travaille très bien ensemble d’autant plus qu’on a la même mentalité de tout faire pour aller chercher la meilleure performance et la même qualité », explique M. Bellegarde.
Les frères Guillaume et Olivier Pépin
Procédé sans feu
Brix Co. se démarque également par son procédé sans feu réalisé à l’aide d’évaporateurs électriques qui permettent de produire un sirop de très grande qualité. Avec les évaporateurs traditionnels fonctionnant au bois, il semble que la différence de température très élevée entre le feu et l’eau qui bouille est très importante, ce qui fait bruler une partie du sirop située dans le fond. Il en résultera un sirop plus foncé. En comparaison, avec des évaporateurs électriques, la différence de température entre la vapeur et l’eau qui bouille est beaucoup moins grande, ce qui fait que rien n’est brulé. « On est capables de développer les saveurs très lentement sans altérer le sirop. Cela donne un produit très raffiné, très doré. Notre sirop se situe toujours dans les meilleurs classes », signale M. Pépin. Ce n’est donc pas pour rien si Brix Co. a remporté, par plus tard que l’automne dernier, la médaille d’argent dans la catégorie sirop doré au prestigieux concours La Grande Sève.
Osmose automatisée Memprotec
L’entreprise utilise une osmose entièrement automatisée fournie par la firme Memprotec. Encore une fois, les deux frères savaient ce qu’ils voulaient et, pour ce faire, ils n’ont pas hésité à remettre en question les façons de faire établies. « On est allés les rencontrer à leur usine pour leur expliquer comment on voulait que la machine fonctionne. Ensemble, on l’a modifiée pour augmenter sa performance et qu’elle réponde mieux à nos besoins. Cela a permis d’améliorer la filtration, pour que la machine soit plus performante et nécessite moins d’opérations humaines. »
Normalement, il s’agit d’une machine qui fonctionne avec deux filtreurs. Trois autres filtreurs ont été ajoutés, de sorte qu’elle se bouche moins rapidement. « En journée, il n’y a plus besoin d’aller changer des filtres. On peut y aller seulement en soirée quand on a le temps. »
Extracteur de H2O Innovation
Insatisfaits de ce qui existait sur le marché en termes d’extracteurs, les frères Pépin ont contacté les différents fabricants présents sur le marché. Seule l’entreprise H20 Innovation a accepté de répondre à leur invitation et de développer ensemble un nouvel extracteur.
L’objectif était de repenser en profondeur l’appareil afin de le rendre plus simple à nettoyer, plus facile à entretenir et mieux adapté à l’automatisation, tout en maintenant une capacité et une performance élevées.
Le nouvel extracteur se distingue par une conception interne entièrement lisse, sans obstruction ni zone morte, permettant un nettoyage plus rapide, plus complet et plus constant. Des boules de lavage positionnées stratégiquement assurent une couverture optimale de toutes les surfaces internes, tandis que les séquences de lavage peuvent être entièrement programmées et automatisées selon les conditions définies par le producteur.
Le choix de pompes verticales représente également un avantage majeur. Cette configuration simplifie grandement l’entretien, élimine l’accumulation de résidus sous le corps de pompe et permet un remplacement rapide en cas de bris, avec un minimum de temps d’arrêt.
L’extracteur repose sur une plateforme conçue pour l’automatisation avancée. Il est équipé d’une interface à écran tactile affichant en temps réel les démarrages et le temps de fonctionnement des pompes, d’une alternance automatique des pompes, d’une valve électronique de protection et d’un système de lavage automatisé programmable. « On a refait une station de pompage et l’extracteur qu’on a installé fonctionne comme un charme. On continue de l’améliorer avec les gens de H2O Innovation, de sorte qu’on va bientôt mettre à l’essai la deuxième version. »
Expansion rapide
Ces nombreuses innovations permettent à Brix Co de connaître une expansion rapide. Au cours de la dernière année, une autre érablière totalisant 23 000 entailles a été acquise à St-Robert-Bellarmin, ce qui porte à près de 65 000 entailles le nombre que possède l’entreprise.
Au fil des ans, des investissements importants ont été consentis. Dans ce contexte, les revenus se doivent aussi de suivre. Afin d’aller chercher une marge bénéficiaire plus importante, l’entreprise a choisi de mettre en marché elle-même ses produits. Cela se fait, notamment, via un très beau site Internet et une présence très active sur les médias sociaux. Une petite visite en ligne permet d’ailleurs de visionner plusieurs vidéos expliquant les nombreuses innovations réalisées par Brix Co.
Les deux frères se versent un salaire très peu élevé, réinvestissant l’ensemble des bénéfices dans l’entreprise. Sur une base annuelle, ils emploient trois autres personnes à temps plein, en plus d’accueillir ponctuellement d’autres travailleurs quand survient le temps des sucres, qui s’avère une période très occupée.
Parmi leurs collaborateurs, on retrouve le Groupement forestier de Beauce. « On connaît bien le directeur général Samuel Poulin. Quand on a acquis l’érablière de notre grand-père, on a tout refait de A à Z. On a changé l’ensemble de la tubulure. Les gens du groupement nous ont aidé pour le martelage et les travaux d’éclaircie », conclut M. Pépin.
Signé Dany Rousseau, directeur des communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, février 2026, pp. 18-19
