Fondé en 1973 dans un contexte de crise rurale et de fermeture de plusieurs paroisses de l’Est du Québec, le Groupement forestier de Témiscouata est né de la volonté de citoyens et de propriétaires forestiers de prendre en main l’avenir de leur territoire. D’abord voué à la mise en valeur de la forêt privée, l’entreprise collective a progressivement diversifié ses activités et développé une expertise qui s’étend aujourd’hui de l’aménagement et de la récolte en forêt privée jusqu’à la gestion, la planification, la récolte, la voirie et le transport en forêt publique au Bas-Saint-Laurent. Au fil des décennies, cette évolution a permis au Groupement de bâtir un modèle d’affaires qui couvre aujourd’hui plusieurs maillons de la chaîne forestière.
UNE DIVERSIFICATION AU COEUR DU MODÈLE D’AFFAIRES COLLECTIF
Cette évolution s’est accompagnée d’une importante diversification des activités et d’investissements dans la transformation et la valorisation du bois. Le GFT est notamment devenu actionnaire de Bégin & Bégin, spécialisée dans le sciage et la transformation des bois feuillus en bois de grade et en composantes de palettes, ainsi que de Groupe NBG, qui transforme, notamment, le tremble et produit des composantes de palettes. À ces participations se sont ajoutées les acquisitions de Copeaux de la Vallée, spécialisée dans la production de copeaux de bois feuillus, et de Bois Cargault, qui fabrique des composantes de palettes à partir de différentes essences. Le groupement a également diversifié ses activités dans l’acériculture avec l’acquisition, en 2023, d’une érablière de 35 000 entailles à Lots-Renversés, en plus de développer des activités de gestion de secteurs de chasse.
Cette présence dans différentes étapes de la filière constitue l’une des particularités du groupement. Car derrière les investissements industriels se trouve une organisation dont les activités dépassent largement le sciage. L’entreprise collective intervient dans l’aménagement forestier, la récolte, l’approvisionnement, la transformation et différents travaux spécialisés. Elle compte aujourd’hui 881 propriétaires conventionnés et travaille autant en forêt privée qu’avec des partenaires et des usines qui s’approvisionnent en forêt publique.
De la sylviculture aux activités de deuxième et de troisième transformation, en passant par les travaux spécialisés liés notamment aux projets de déboisement, d’infrastructures d’énergie renouvelable, ainsi qu’au déboisement pour la construction de routes et aux projets multi ressources en partenariat avec les instances régionales (municipalités, ZEC, clubs de motoneige et de VTT), le groupement est ainsi actif dans plusieurs secteurs de la chaîne forestière. Cette diversification génère également d’importantes retombées économiques régionales : le Groupement forestier de Témiscouata et les quatre usines de transformation du groupe génèrent ensemble plus de 100 M $ de chiffre d’affaires annuellement, soutiennent plus de 250 emplois directs et font affaire avec environ 350 fournisseurs.

LE GROUPEMENT INTERVIENT DANS L’AMÉNAGEMENT FORESTIER, LA RÉCOLTE, L’APPROVISIONNEMENT, LA TRANSFORMATION ET DIFFÉRENTS TRAVAUX SPÉCIALISÉS.
INVESTIR POUR MIEUX VALORISER LES RESSOURCES
Cette diversification procure un avantage en matière de partage des ressources et de l’expertise. Le regroupement des activités permet au groupement et à l’ensemble de ses filiales de maintenir à l’interne une expertise diversifiée en ressources humaines, en communication, une équipe d’ingénieurs et de techniciens forestier, en santé et sécurité au travail, en électromécanique et en mécanique industrielle. Ces compétences peuvent ainsi être mises à contribution dans les différentes installations, selon les besoins.
Une première étape de cette transformation technologique a déjà été réalisée avec l’installation d’un système TrimExpert de Comact, utilisant la vision et l’intelligence artificielle pour le classement et l’optimisation des produits. Jusqu’ici, une partie importante des décisions concernant la qualité et le potentiel de chaque pièce reposait sur l’oeil et l’expérience des travailleurs. Le nouveau système permet maintenant d’analyser le bois de façon beaucoup plus systématique afin de déterminer le meilleur usage possible pour chaque pièce et d’en maximiser la valeur.
Cette stratégie d’investissement se poursuit aujourd’hui. Après avoir célébré le 100e anniversaire de Bégin & Bégin en 2025, l’entreprise a franchi cet été une première étape d’un projet de modernisation majeur de sa scierie des Lots-Renversés. Le but est de revoir les opérations de sciage afin d’extraire davantage de valeur de chaque bille qui entre à l’usine. Avec environ 30 % plus de bois, l’objectif est d’augmenter la production de 50 %, notamment grâce à de nouveaux équipements, à l’automatisation et à des systèmes de vision intégrant l’intelligence artificielle.
Le projet vise également à unifier les deux lignes de sciage afin de permettre une meilleure utilisation de chaque bille et d’accepter des billes de plus petit diamètre. Une partie du bois actuellement destinée à la pâte pourrait ainsi devenir du bois sciable, permettant de mieux valoriser la ressource régionale. L’automatisation ne signifie toutefois pas une réduction des effectifs. Le groupement prévoit plutôt maintenir sensiblement le même niveau d’emploi tout en augmentant la production, en misant sur des équipements plus performants et sur une maind’oeuvre appelée à travailler avec des technologies de plus en plus avancées.

VALORISER CHAQUE PARTIE DE L’ARBRE
Cette recherche de rendement ne s’arrête pas au bois scié. Chez Bégin & Bégin, le projet s’inscrit dans une philosophie qui consiste à trouver une utilisation à chaque partie de l’arbre. Le bois de meilleure qualité peut être transformé en bois franc destiné aux marchés du meuble et à d’autres produits à valeur ajoutée, tandis qu’une partie alimente les activités de deuxième transformation pour fabriquer des lattes, des piquets et différentes composantes. Le bois de qualité pâte peut être transformé en copeaux, notamment pour approvisionner des usines de pâtes et papiers. Les sciures, copeaux et écorces trouvent également preneurs auprès de fabricants de panneaux, de granules et d’autres produits, ou encore comme source d’énergie. Cette approche permet de tirer davantage de valeur de la ressource tout en réduisant les pertes. Dans le modèle du groupement, chaque partie de l’arbre doit trouver son utilité.
GROUPE NBG : RÉCUPÉRER DAVANTAGE, PRODUIRE AUTREMENT
Cette volonté de mieux valoriser chaque mètre cube se retrouve également chez Groupe NBG, une entreprise née d’un partenariat entre le Groupement forestier de Témiscouata, Bégin & Bégin, le Groupement forestier Grand-Portage et Cascades. Environ 16 M $ ont été investis pour implanter une nouvelle ligne de production de composantes de palettes à l’usine de Rivière-Bleue. L’amélioration permet de récupérer davantage de bois, de travailler une plus grande variété de dimensions et de diversifier les produits fabriqués.
À cet investissement s’est ajouté un projet d’environ 2 M$ pour un système d’emmagasinement d’énergie par batterie, qui s’inscrit dans une volonté d’améliorer l’efficacité énergétique et la performance de l’usine. La stratégie pourrait éventuellement s’étendre à Bois Cargault, à Saint-Pamphile, dont la modernisation commence déjà à être envisagée. L’entreprise fabrique des composantes de palettes à partir, notamment, de tremble, de bois franc et de mélèze. À Amqui, Copeaux de la Vallée poursuit, pour sa part, ses activités de transformation de bois de pâte en copeaux destinés principalement à l’industrie des pâtes et papiers.
VALORISATION DE LA BIOMASSE
De plus, le groupement a développé une expertise dans la récupération, la transformation et la valorisation de plus de 20 000 tonnes de biomasse forestière destinées aux usages institutionnels et industriels.
L’ÉRABLIÈRE : UNE AUTRE FAÇON DE VALORISER LE TERRITOIRE
La diversification du groupement ne se limite toutefois pas à la filière forestière. L’acquisition, en 2023, d’une érablière de 35 000 entailles aux Lots-Renversés a permis d’ajouter une nouvelle activité à l’organisation et de mettre à profit un autre potentiel du territoire.
L’acériculture s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de diversification des activités et de valorisation des ressources disponibles, au même titre que la gestion de secteurs de chasse et les différents travaux réalisés en forêt privée et publique.
UN ENJEU DE PARTAGE POUR L’AVENIR
Cette diversification s’inscrit toutefois dans un contexte où la pression sur la forêt publique s’accentue et où plusieurs activités doivent cohabiter sur un même territoire. Au Bas-Saint-Laurent, la croissance de l’acériculture sur les terres publiques représente une importante occasion de développement économique, tout comme l’aménagement forestier et la transformation du bois. Elle soulève toutefois une réflexion importante sur la façon de partager équitablement une ressource collective entre les différentsusages. Les superficies consacrées à l’acériculture sont retirées de la possibilité forestière, ce qui peut avoir des répercussions sur l’approvisionnement de l’industrie de la transformation du bois.
« ICI, LES PROPRIÉTAIRES DE LOTS NE SONT PAS UNIQUEMENT FOURNISSEURS DE MATIÈRE PREMIÈRE : ILS SONT AU COEUR DE LA STRUCTURE. C’EST UN MODÈLE POUR ET PAR LES PROPRIÉTAIRES. »
Dans ce contexte, les élus régionaux du Bas-Saint-Laurent se sont concertés afin de dégager une vision commune et de favoriser un partage équitable de la ressource forestière, dans une perspective de développement durable et de maintien des retombées économiques pour l’ensemble des communautés de la région.
« L’objectif n’est pas de choisir entre l’acériculture et la foresterie. Ces deux secteurs font partie de notre économie régionale. Ce que nous souhaitons, c’est un partage équitable de la forêt publique qui permette à chacun de poursuivre son développement », explique FRANCIS ALBERT, directeur général du Groupement forestier de Témiscouata.
Cette volonté de trouver un terrain d’entente est au coeur de la réflexion de l’organisation. Pour le groupement, le développement de l’acériculture et celui de la filière forestière ne sont pas incompatibles. La priorité est plutôt de poursuivre le dialogue afin de favoriser une répartition équitable des usages de la forêt publique, en tenant compte des réalités et des besoins actuels et futurs de chacun. Une planification à long terme, des investissements en aménagement forestier et une utilisation optimale de la ressource peuvent contribuer à maintenir cet équilibre et à assurer des retombées durables pour les communautés du Bas-Saint-Laurent.
UN MODÈLE POUR ET PAR LES PROPRIÉTAIRES
Pour le Groupement forestier de Témiscouata, ces investissements ne constituent donc pas une fin en soi. Ils s’inscrivent dans un modèle d’affaires où les propriétaires forestiers demeurent au coeur de l’organisation. « Ici, les propriétaires de lots ne sont pas uniquement fournisseurs de matière première : ils sont au coeur de la structure. C’est un modèle pour et par les propriétaires », résume M. Albert.
Les propriétaires bénéficient de la valeur créée à différents maillons de la chaîne, tant par les travaux sylvicoles et la récolte que par la transformation du bois. Ils sont les premiers bénéficiaires de la rentabilité générée par l’ensemble des activités, notamment par la valorisation de leur bois et les bonifications qui peuvent en découler.
Par le passé, les résultats générés par les différentes activités ont également permis au groupement de constituer des fonds afin de réaliser des travaux sylvicoles qui n’étaient pas nécessairement couverts par les programmes de soutien existants, notamment dans certains peuplements feuillus.
La diversification permet ainsi de créer un cercle vertueux où la forêt alimente les activités de transformation, où la transformation crée de la valeur et où cette valeur peut, à son tour, contribuer au développement de la forêt et du territoire. Le modèle développé s’inspire d’un modèle scandinave dans lequel les propriétaires actionnaires de lots sont impliqués dans l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’aménagement forestier jusqu’à la transformation du bois.
UNE ORGANISATION TOURNÉE VERS L’AVENIR
Aujourd’hui, avec ses 881 propriétaires, ses activités en forêt privée et publique, ses quatre entreprises de transformation, son érablière de 35 000 entailles et ses différents secteurs d’activités, le GFT mise sur la diversification, l’innovation et la valorisation maximale de la ressource pour assurer sa pérennité. Avec plus de 250 emplois directs, quelque 350 fournisseurs et plus de 100 M $ de chiffre d’affaires annuel généré par ses quatre usines de transformation, le groupement contribue également de façon importante à l’activité économique régionale. Les investissements réalisés et ceux actuellement en préparation témoignent d’une volonté claire : produire davantage de valeur avec la ressource disponible, moderniser les installations, maintenir des emplois de qualité et continuer de faire bénéficier les propriétaires et la collectivité des retombées de la forêt.
L’histoire du Groupement forestier de Témiscouata a commencé il y a plus de 50 ans avec une volonté de préserver des communautés et de faire vivre le territoire grâce à la forêt. Aujourd’hui, cette même volonté se poursuit, mais à une tout autre échelle : de la forêt à l’usine, et de l’usine au territoire, le groupement cherche à bâtir un modèle où chaque arbre, chaque investissement et chaque expertise contribuent à créer davantage de valeur ici.
Signé Dany Rousseau, directeur des communications pour Groupements forestiers Québec
Source : LE MONDE FORESTIER, septembre 2026
