Efficacité, qualité des données, attraction de la main-d’œuvre jeune, expérience propriétaire améliorée, le Groupement forestier du Sud de Dorchester tire plusieurs avantages de l’utilisation des drones.
Pionnier dans le domaine, le groupement dont le siège social est situé à St-Prosper, dans la MRC des Etchemins, possède actuellement cinq drones. Le tout a débuté avec quatre exemplaires d’un modèle assez accessible en termes de coût, soit entre 1 200 et 1 500 $ tout inclus, le Mini 3 Pro. L’équipe désirait alors commencer à intégrer les drones dans les opérations, prendre le temps de stabiliser les plans de vol et trouver les bons logiciels. Un cinquième a été acquis récemment, cette fois un DJI Mavic 3 E, le modèle offert par Groupements forestiers Québec (GFQ). Plus gros et pouvant être utilisé même lorsqu’il y a un certain vent ou quand les conditions sont moins favorables parce qu’il arrive à mieux se stabiliser, il est aussi plus rapide et a plus d’autonomie au niveau des piles. Toutes ces qualités lui permettent de couvrir de plus grandes superficies.
« Notre objectif, mentionne PASCAL OUELLETTE, directeur général du Groupement forestier du Sud de Dorchester, est d’avoir un drone par technicien forestier. On aimerait éventuellement vendre les Mini pour acquérir juste des Mavic à moyen terme. Quand il vente un peu trop, le Mini a de la difficulté; il revient et doit se reprendre, donc les journées venteuses, c’est des journées de possibilité de vol qu’on perd. On aurait un bon retour sur l’investissement en changeant pour des Mavic parce qu’on pourrait voler plus souvent. »
PROJETS ET INVESTISSEMENTS
Le groupement souhaite investir dans cette technologie et a beaucoup d’idées en ce sens. Un projet est d’ailleurs en cours, en collaboration avec l’Agence de mise en valeur des forêts privées des Appalaches, l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent, le Groupement forestier Métis-Neigette et GFQ pour documenter certains paramètres de précision. Il n’est pas exclu de faire l’acquisition d’un LiDAR (technologie de télédétection qui utilise des faisceaux laser pour mesurer des distances et des mouvements précis), dont le drone Mavic peut supporter la charge. Le capteur peut également être remplacé par un capteur multispectral, par exemple, qui permet de détecter de façon plus précoce les carences, les sécheresses, les insectes ou les maladies. Le groupement aimerait éventuellement mettre des efforts à ce niveau. Il y a aussi une volonté d’adopter l’intelligence artificielle pour le traitement des données brutes. Le travail de bureau se limiterait alors à une validation visuelle, une confirmation et de petites corrections, ce qui accélérerait beaucoup le travail.
INTÉRÊT DES EMPLOYÉS
De plus en plus de groupements forestiers font l’acquisition de drones, entre autres pour gagner du temps et aller chercher l’intérêt des employés. Comme le mentionne M. Ouellette : « Il n’y a pas de plus-value à marcher à travers les branches pour délimiter le contour d’un territoire de cinq hectares. Ce n’est pas là que le travailleur se valorise. »
De nouveaux stagiaires sont arrivés au GF du Sud de Dorchester. Pour eux, le drone est un outil de travail au même titre que le GPS, et ils doivent apprendre à l’utiliser. Selon M. Ouellette, c’est un outil d’attraction et de rétention de main d’œuvre, puisque tout le monde aime s’en servir. Les étudiants à la technique en foresterie voient un peu l’utilisation du drone dans leurs cours, mais leur stage rend le tout beaucoup plus concret, et les commentaires sont très positifs.
UNE AIDE PRÉCIEUSE
Si tout cela est possible, c’est en grande partie grâce à MATHIEU DEBLOIS, ingénieur forestier, directeur adjoint aux opérations au GF du Sud de Dorchester, qui offre la formation sur le drone aux groupements forestiers ayant manifesté leur intérêt. M. Deblois précise que cette technologie est accessible à tous et conviviale : « Pas besoin d’être un pilote d’hélicoptère! Souvent, je fais décoller et atterrir le drone sur la boîte de pick-up : tout est automatisé quand on arrive sur le terrain. Le drone prend ses lignes de vol, va à ses points, prend ses photos, revient et atterrit. Il y a bien des fois où je n’ai même pas besoin de le piloter : il revient à son point de départ tout seul! À moins d’avoir des éléments précis à aller voir qui ne sont pas dans le plan de vol, il n’y a donc presque pas de pilotage. C’est bien fait, les applications sont faciles d’utilisation. »
Le logiciel utilisé actuellement est une alternative au premier, qui présentait des problèmes. M. Deblois a fait des recherches pour en trouver un nouveau, discuté avec GUY GENEAU de GFQ, et ils ont regardé comment l’intégrer à la formation. « Ça prend quelqu’un comme Mathieu pour orchestrer tout ça. Il ne faut pas que tout le monde soit à l’essai. Ça prend un responsable pour partir, qui tient les autres au courant des développements, des nouvelles technologies », précise M. Ouellette. « Pour que ça fonctionne bien, ça prend un super utilisateur à l’interne, capable de diriger les équipes, de répondre aux questions et de simplifier la tâche des techniciens pour les aider avec les plans de vol. On offre un certain soutien, on teste les différents logiciels et on s’assure que les applications utilisées sont compatibles, mais Mathieu ne peut pas répondre à tout le monde. »
AUTRES AVANTAGES
Pour les propriétaires forestiers, il y a également un grand avantage à l’utilisation du drone. Certains demeurent loin de leur lot et n’ont pas la capacité de le visiter souvent, par exemple. Avec les images obtenues par drone, il est possible pour un groupement de leur présenter et de leur expliquer l’évolution des travaux à distance. Ils peuvent ainsi voir les profondeurs, les pentes et les arbres, et tout gérer de loin. M. Ouellette mentionne « On veut éventuellement augmenter encore l’expérience propriétaire. On a plein d’idées, on est parfois trop avant-gardistes par rapport à ce que la technologie permet. Tout de même; en un an, on est passés de « on pourrait » à « on l’a », c’est pas long que ça devient concret ».
Le groupement se sert même de ses drones pour vendre des terrains. Des photos de vol sont prises, puis un petit montage vidéo est fait. Un service de photos plus précises (exemple : quelqu’un qui désire une photo de sa cabane) est aussi offert. Le GF du Sud de Dorchester a même eu l’idée de faire voler deux drones en même temps, donc de séparer le plan de vol en deux, puis de fusionner les deux photos par la suite. Le temps de vol a ainsi été coupé de moitié!
UN OUTIL POUR L’AVENIR
Pascal Ouellette mentionne, en terminant : « C’est dans le top des avancées technologiques pour nous aider. C’est une question de temps avant que tous les groupements s’en servent. C’est beaucoup plus précis que le GPS qu’on utilise sur le terrain. C’est important d’avoir un outil précis pour le mesurage, la chaîne au niveau de la paye des travailleurs, des contracteurs, des subventions de l’agence, etc. »
Selon lui, il s’agit d’un outil qui a un bel avenir et dont l’utilisation ne fera qu’augmenter au cours des prochaines années.
Signé Mélinda Morissette, spécialiste design et communications pour Groupements forestiers Québec
